Le plancton le plus humain de l univers

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Resume

Fanfiction d'animorph écrite en 2023

Ceci est le premier jet de « My name is Thevenin ».

En gros, c’est un brouillon que j’ai écrit en deux semaines après avoir lu quelques fics d’animorph girl que j’ai trouvé génial, au point de vouloir absolument en faire ma version.

Après avoir écrit ce brouillon, j’ai relu les livres originaux et j’ai modifié ce brouillon pendant 3-4 mois jusqu’à aboutir à une histoire totalement différente qui est devenue « My name is Thevenin ».

Je le publie car au fil des réécritures, le premier jet et le produit final n’ont rien à voir.

Préambule

Les premiers chapitres des deux fanfic se ressemble, mais très vite l’intrigue n’a plus rien à voir. « My name is Thevenin » est une fanfic globalement sérieuse qui imite le ton des livres, alors que « Le plancton le plus humain de l’univers » a un ton humoristique qui ressemble beaucoup à celui de ma fanfic harry potter.

Le premier chapitre de ’Le plancton le plus humain de l’univers’ contient une quasi-traduction d’un passage de cette histoire d’animorphgirl : The-Swap , alors que « My name is Thevenin » est 100% original.

Les personnages OC comme Timmy ou Jera456 sont totalement absents du « plancton le plus humain de l’univers »

Bref, elles sont totalement différentes. Au point que je me suis dit que ce serait une bonne idée de publier les deux.

Rencontre

Fracassé. C’est le mot qui décrivait le mieux l’état de mon nouvel hôte.

Quand on m’avait annoncé que j’allais quitter mon hôte Hork-Bajir pour un humain, j’en avais été tout excité. J’allais enfin pouvoir voir autre chose que cette grotte et entendre autre chose que les hurlements des humains enfermés dans les cages mêlées de ceux de mon propre hôte.

Je ne l’avais avoué à personne, mais je n’en pouvais plus d’entendre en permanence durant la journée les cris de douleur de mon hôte. Puis de voir ses cauchemars durant la nuit. Même durant la nuit, un Yeerk ne peut pas se déconnecter de son hôte et ne plus voir ses pensées. Et le risque d’être accusé de sympathie et exécuté sans procès par visser-3 était trop grand pour que je puisse soulager ma conscience auprès des autres Yeerk. Pire pour justifier que la résistance de mon hôte ne soit toujours pas brisée, je n’avais rien trouvé de mieux que de dire que j’appréciais de l’entendre crier. Résultat, j’avais maintenant la réputation d’être un Yeerk sadique. Pourtant, c’était tout le contraire. J’essayais d’être aussi bienveillant que possible avec mon Hork-Bajir. Mais quoi que je dise ou fasse, il continuait de crier pour réclamer sa liberté. J’en avais conclu que les Hork-Bajir étaient une espèce trop stupide pour qu’il soit possible de négocier avec eux. Mon hôte était tout simplement incapable de comprendre la situation et d’accepter ma présence. La seule chose qui avait fonctionné, c’était de le torturer, mais j’avais ressenti tellement de culpabilité que j’avais presque été soulagé de l’entendre de nouveau crier et que je n’avais plus jamais recommencé.

Il devait y avoir quelque chose d’anormal chez moi. Normalement discipliner son hôte était quelque chose de naturel et il n’y avait pas de raison d’en éprouver de la culpabilité. Certains de mes anciens professeurs disait même qu’une séance de discipline par semaine était bénéfique pour l’hôte et qu’il ne fallait pas hésiter à lui en appliquer une même s’il s’était montré obéissant. Mais moi, je n’y arrivais pas.

Avec ce nouvel hôte, j’espérais que tout allait changer. Avec ma réputation, on allait sûrement m’affecter un hôte involontaire (et même très involontaire). Mais on m’avait dit que les humains étaient beaucoup plus intelligents que les Hork-Bajir. Si c’était vrai alors il y avait peut-être une chance de le raisonner et de le convaincre de coopérer. J’étais prêt à tout pour ça. J’avais décidé de tout faire pour faire plaisir à mon futur hôte et obtenir sa coopération. Même si ça me mettait en danger d’être accusé de sympathie (mais pas trop quand même).

C’est donc avec enthousiasme qu’une fois le jour J venu, je rentrai par l’oreille de Tom et me connectai à son cerveau afin de prendre le contrôle de son corps et de commencer à visionner l’intégralité de ses souvenirs. Je précise ‘commencer ’, car je dus vite m’arrêter.

Déjà, car mon hôte avait repris ses esprits et commençait à protester (je ne comprenais pas encore à ce moment-là le concept de vie privé et trouvais cette demande bizarre). Mais surtout parce que les souvenirs étaient horribles. Un souvenir n’était pas constitué que d’image et de son, mais de toutes les sensations que son propriétaire avait éprouvées à ce moment-là, y compris ses sentiments. Je pus alors ressentir la douleur qu’avait éprouvée Tom depuis son infestation. Pourtant, le comportement de Temrash114 n’était pas particulièrement sadique. Comme on pouvait s’y attendre d’un Yeerk aussi haut placé, il avait traité son hôte en se conformant le plus possible aux recommandations de l’empire. Est-ce que c’était cet humain qui était particulièrement sensible ou est-ce que tous les hôtes ressentaient ça ? Et dans tous les cas comment Temrash114 avait fait pour supporter la souffrance de son humain ? Encore une fois, je me dis que je ne devais pas être normal et j’en éprouvai un sentiment de honte. Mais j’avais essayé suffisamment longtemps pour savoir que je n’arriverais pas à changer. Tout ce que je pouvais faire, c’est cacher ma tare aux autres Yeerk et essayer de se trouver un coin où malgré elle, je pourrais vivre heureux et servir l’empire.

Pour la première fois (d’une longue série) j’enfreins les règles de l’empire et stoppai mon exploration de la mémoire de Tom (à la grande surprise de celui-ci). Je fis signe aux gardes, que j’avais le contrôle puis sortit de la piscine. Je fus alors estomaqué par la beauté de la surface. Pendant un temps, tous mes soucis s’évanouirent et je passai au moins une heure à regarder, toucher, sentir tout ce que je trouvais. Cette planète était vraiment magnifique et les sens humains si, si, (..) il n’y avait pas de mot pour décrire à quel point ils étaient incroyables. Mais je dus interrompre ma rêverie quand j’entendis un humain demander si je ne faisais pas un malaise. Apparemment fixé pendant 5 minutes, un mégot de cigarette écrasé par terre était considéré comme anormal par les humains. Je ne savais pas à quoi servait cet objet, mais les couleurs étaient tellement belles (faut-il préciser que je découvrais en même temps le concept de couleur).

Je lui assurai que non et me repris. Il fallait que je suive la routine de mon hôte et que je me fasse passer pour lui. Mais je me rendis compte alors que faute d’avoir visionné l’intégralité de ses souvenirs (et notamment les plus récents), je ne savais pas ce que je devais faire. Et également que mon hôte était resté étrangement silencieux depuis que nous étions sortis de la piscine Yeerk.

— (Tom qu’est-ce que je dois faire ?)

— (Quitter mon corps et aller crever en enfer putain de limace dégénérée) répondit la voie de Tom quasiment en sanglotant.

À ma plus grande surprise, je ressentis du soulagement en entendant cette suite d’insultes. J’avais peur que mon hôte ait été totalement brisé par Temrash114. Je ne sais pas pourquoi cela me faisait peur. Après tout, un hôte brisé aurait été idéal. Ça m’aurait garanti une certaine tranquillité. Tout occupé par ma découverte de ce monde fabuleux, je n’avais pas prêté attention au sentiment et pensé de mon hôte, mais maintenant, que je revenais à moi, elles m’envahirent : peur, honte, douleur, dégoût, haines et surtout pas la moindre once d’espoir. Mes propres espoirs, de le convaincre de devenir volontaire fondait comme neige au soleil.

oOoOoOoOo

Je devais arrêter de me perdre dans mon passé et de m’étendre sur mes espoirs déçus. Au final, un mois, s’était écoulé et les choses ne c’était pas si mal déroulé. Même s’il ne deviendrait probablement jamais volontaire, mon nouvel hôte me satisfaisait. Enfin ça, c’était jusqu’au week-end dernier. Quelques jours, plus tôt, un incendie provoqué par les bandits Andalites avait provoqué la mort de l’ancien Yeerk de Tom. Nous revenions tout juste de la tétée où j’appris la nouvelle en discutant avec d’autre Yeerk.

Quand j’annonçai la nouvelle à Tom, j’eus le plaisir de ressentir pour la première fois de la joie en provenance de mon hôte. Mais j’eus à peine le temps de savourer ce moment qu’elle fut très vite remplacée par une peur panique et des suppliques de sa part. Je pris alors ma voie la plus douce pour lui dire mentalement :

— (Ça va aller, Tom, je ne suis pas en colère. Je comprends que vous soyez soulagé après tout ce qu’il vous a fait. Et je vous ai promis de ne jamais vous torturer.) Pour achever de le calmer, je lui fis un câlin mental (une sécrétion d’endorphine, de divers autres hormones et signaux cérébraux que nous pouvions sécréter pour provoquer un sentiment de réconfort à notre hôte). Il me repoussait à chaque fois, mais étant dans son esprit, il ne pouvait me cacher qu’il les appréciait.

— (Oui, je sais)

— (Mais vous ne me croyez toujours pas). Ce n’était pas une question, mais une constatation.

Comme chaque soir après chacune de mes tétés, je pris un ballon et sortis discrètement de sa maison pour me rendre sur le terrain de basket le plus proche. Une fois que je me suis assuré qu’il était complètement désert, je passai le contrôle à Tom.

— Aie ! Ça fait mal. S’exclama Tom tout en affichant malgré tout un immense sourire en reprenant le contrôle de son corps

— (C’est de votre faute, si vous ne résistiez pas autant les gardes Hork-Bajir ne vous ferait aucun mal)

— Ben oui c’est de ma faute, s’ils nous frappent pour qu’on aille plus vite. Dit-il avec agacement en commençant à essayer de faire des paniers et des dribbles contre un ennemi imaginaire.

— (parlez dans votre tête, quelqu’un pourrait vous entendre) dis-je paniqué. (Si un autre humain-contrôleur passé par là et découvrez que je vous donne le contrôle, j’aurais de la chance si je subis une mort rapide)

— (Désolé)

— (Ce n’est pas grave, vous savez si vous arrêtiez de combattre l’infestation, je pourrais leur faire croire que vous êtes devenue volontaire et vous seriez mieux traité.)

— (Je sais et j’essaye vraiment. Mais à chaque fois qu’il me ramène devant la piscine, je, je…)

— (C’est bon, je comprends. Ce n’est pas grave, on va y aller à votre rythme) Répondis-je en lui faisant un câlin mental et en évaluant ses performances.

Quelques jours après son infestation, j’étais en recherche d’un moyen de lui remonter le moral (et accessoirement de le convaincre de me faire un minimum confiance). Je me résolus à fouiller ses souvenirs durant son sommeil (sans son autorisation). L‘avantage de le faire pendant qu’il dormait était qu’il ne puisse pas s’en rendre compte. Je tombai alors sur le souvenir du jour où Temrash avait décidé que Tom devrait quitter son équipe de basket pour qu’il puisse consacrer davantage de temps à notre invasion discrète de la Terre. Apparemment, avant son infestation, le basket était toute sa vie et il était pressenti pour jouer en NBA. Cela m’avait donné une idée.

Le soir suivant, sans rien lui dire, je l’emmenais sur le terrain le plus proche et lui fit la surprise de lui donner le contrôle. Je sus pour la première fois ce que cela faisait de ressentir de la reconnaissance de la part de son hôte. Mais dès qu’il essaya de dribbler le ballon lui échappa des mains et il tomba par terre en essayant de le rattraper. Je tentai de le rassurer en lui disant que c’était temporaire. Que ça faisait tellement longtemps qu’il n’avait pas eu le contrôle de son corps qu’il était normal qu’il ait besoin d’un temps d’adaptation. Mais une heure après, il loupa un panier qu’il aurait auparavant réussi les yeux fermés et s’écroula par terre en larme.

En seulement 3 semaines, il avait beaucoup progressé, mais il ne pourrait sans doute plus jamais faire partie d’une équipe professionnelle. Malgré tout maintenant, qu’il l’avait accepté, il attendait avec impatience la prochaine fois où il pourrait jouer. Une fois qu’il fut épuisé, je le convainquis d’accepter que je reprenne le contrôle et je lui chantai une berceuse Yeerk pour qu’il s’endorme. Je rentrai à la maison avec mon hôte endormit (en retrait dans sa tête) convaincu que cette nuit-là, il ne m’infligerait pas ses cauchemars et que je pourrai penser en paix. Mais au bout des quelques heures, Tom fut réveillé par des cris en provenance de la chambre de son petit frère jack.

Sans même réfléchir, il se leva et alla immédiatement voir ce qui se passait. Je n’aimais pas le laisser se déplacer sans mon contrôle à l’intérieur de la maison, mais pour une fois, je le laissai faire.

À chaque fois que j’interagissais à sa place avec les membres de sa famille, il m’en voulait énormément et pour être honnête, je n’appréciais pas beaucoup l’exercice. Ce n’est pas que je ne les aimais pas. Au contraire à force de les fréquenter et de visionner les souvenirs de Tom, je commençai à m’attacher à eux, mais c’était tellement désagréable de parler à un humain dont on ne pouvait pas lire les pensées.

Cependant, je ne pouvais pas le laisser interagir autant qu’il le voulait avec sa famille. Il était devenu tellement différent de celui qu’il était avant son infestation que nous nous serions vite fait repérés. Ses proches auraient tout de suite compris que quelque chose n’allait pas, en aurait parler autour d’eux et un Humain contrôleur aurait vite été mis au courant.

Une fois dans la chambre, il fixa son petit frère qui se débattait dans son sommeil en hurlant :

— Non ! Sortez de mon corps !

Tom s’approcha de lui et le saisit par l’épaule pour essayer de le réveiller. Aussitôt, il bondit de son lit et son visage se tourna vers Tom. Dès qu’il le vit, son visage se remplit de peur. Devant ce regard Tom eu le réflexe de reculer et leva les mains.

— Calme-toi, nain. C’est juste moi, Tom. Tu es en sécurité.

— Qu’est-ce que tu fais dans ma chambre ? Vociféra Jack avec un regard plein de haine à son encontre.

Je pus ressentir que cela bouleversa Tom. J’ai vu dans ses souvenirs qu’avant son infestation Tom et lui était très proches. Mais après que Jack ai fermement refuser d’adhérer au partage (au grand soulagement de Tom), Temrash avait décidé de le négliger et de faire uniquement le minimum syndical pour qu’il ne se doute de rien. Ainsi, ils s’étaient énormément éloigné. À l’époque, Tom était tellement perdu dans l’enfer personnel qu’était devenue sa vie qu’il l’avait à peine remarqué. Mais quand je lui ai permis d’interagir avec son frère et qu’il s'était fait repoussé, il en avait été déprimé pour le reste de la journée. J’ai alors dû reprendre un contrôle total (malgré ses protestations) pour ne pas prendre de risque. Mais jamais Jack ne l’avait regardé avec haine. On aurait dit que Jack le détestait du plus profond de son être.

— Je, heu, tu faisais un cauchemar alors j’ai voulu t’aider. Tout va bien ?

— Tout va bien maintenant, alors dégage de ma chambre.

— (Retourne te coucher Tom, le Schtroumpf grognon sera plus calme demain matin). Lui demandais-je, mais il m’ignora

— Tu sais, je suis là, si tu veux me parler ? Tu peux tout me dire. Tu as hurlé ‘sortez de mon corps’. De quoi tu as rêvé ?

Tout d’un coup je fus moi-même intéressé. J’étais tellement concentré sur ce que faisait Tom et sur le fait de me préparer à reprendre le contrôle à tout moment que je n'avais pas vraiment réfléchi à ce que Jack disait. J’eus un frisson en pensant à ce que cela pouvait signifier et aux implications que cela aurait. Mais je ne fis aucun commentaire et me contentais d’observer Jack à travers les yeux de Tom. Sur le visage de Jack la haine avait été brièvement remplace par une peur profonde.

— À rien. T’as du mal entendre. Je rêvais que je me noyais. J’ai dû hurler sortez du port. Maintenant, dégage.

— Ok, je m’en vais. Calme-toi. Bonne nuit le nain. Je suis là si tu as besoin de moi. Même si je dors, tu peux me réveiller.

Tom se décida à retourner s’allonger sur son lit, mais ne s’endormit pas pour autant. Il était furieux.

— (Thévenin tu peux m’expliquer, c’est quoi ce bordel ? Pourquoi mon frère rêve-t-il qu’il est infesté par un Yeerk ?)

— (Je n’en ai aucune idée. Et si ça se trouve, il nous a dit la vérité. Il a peut-être juste rêvé de …)

Il m’interrompit :

— (Rejoue le souvenir maintenant)

— (Tu es sûr ? Ce n’est peut-être pas une bonne idée)

— (Fais-le !)

J’aurais sans doute dû m’indigner qu’il ose me donner des ordres, mais je m’exécutai sans un mot. Nous rejouâmes le souvenir et il était clair que Jack nous avait menti. Plus je revoyais le souvenir plus il était clair pour moi que mon pire scénario, c’était réalisé.

— (Qu’est-ce que tu lui as fait ? Tu as profité de mon sommeil pour lui faire du mal saloperie. Dire que je commençai à te faire confiance)

— (Quoi ? Tom, je te jure que je ne lui ai rien fait. Tu dois me croire. Quel intérêt aurais-je à faire ça ?)

— (Je ne sais pas un autre de vos plaisirs sadiques. Et puis tu n’as jamais aimé mon frère)

— (Je ne le déteste pas. Et même si c’était le cas, je sais à quel point vous tenez à lui. Je ne ferais jamais rien pour lui nuire. Et puis vous avez entendu comme moi, il a rêvé que quelque chose était rentré dans son corps, comment j’aurais pu faire ça sans sortir de votre tête ?)

— (Tu crois qu’un autre Yeerk l’a infesté ?) dit-il en ressentant de l’effroi.

— (Non, je le saurais si c’était le cas. Sans compter que s’il avait un Yeerk dans la tête, il l’aurait empêché de crier. Il est libre et au courant pour l’invasion. Au courant pour nous).

— NON ! Hurla t’il en comprenant les implications.

Je repris le contrôle total pour qu’il ne réveille pas ses parents ou son frère.

— (Calme-toi, Tom. Ce n’est pas si terrible. Si je m’occupe de son infestation, je pourrai faire en sorte qu’il obtienne un Yeerk décent. Un de ceux qui restent en bas de l’échelle, car ils sont trop doux avec leurs hôtes).

— (Non, on a peut-être mal compris. Il a peut-être juste vu Alien en secret et il rêvait qu’un xenomorph lui pondait des œufs dans la bouche).

— (Tom, tu connais les règles aussi bien que moi. Même s’il subsiste un doute, je dois organiser son infestation afin d’être sûr que l’invasion reste secrète. Si on découvre que je l’ai ….)

— (Je t’en supplie ne fait pas ça. Je ferais ce que tu veux, mais par pitié pas ça)

Il était inutile de raisonner davantage avec lui. Je décidai de l’endormir de force (c’est quelque chose que nous ne devions faire que très rarement sous peine d’endommager notre hôte) et de rester seul pour réfléchir. Mais très vite, je fus assailli de cauchemars ou à cause de lui, sa famille était infestée puis torturée avant de devenir une de ses coquilles vides que l’on croisait de plus en plus souvent dans la file de la piscine. Cela m’irrita fortement. Il ne pouvait donc pas me laisser tranquille, même pour un moment. Puisque de toute manière, je ne pouvais y réfléchir tranquillement autant reporter la décision. Et puis il avait raison. Peut-être que l’on s’inquiétait pour rien.

Mais durant la suite de la semaine, Jack se mit à faire des allusions discrètes qui semblaient destinées à donner de l’espoir à Tom d’être libéré. Sans compter qu’en l’observant, je remarquai qu’il était extrêmement stressé. Beaucoup trop pour un adolescent humain. Au point que je me demandais comment il était possible qu’il ne tombe pas malade.

Je ne pouvais plus ignorer le problème. Plus le temps passait, plus il devenait probable que Jack tente quelque chose de stupide pour libérer son frère ou avertir les autres humains. Si cela arrivait, toute la famille serait infestée de force (et il y avait peu de chances que ce soit par des Yeerk tendres). Et moi au mieux je serai réaffectée à un Hork-Bajir pour incompétence (je n’ose imaginer ce qui se passerait si le cas était jugé suffisamment grave pour que visser-3 s’occupe en personne de choisir ma punition). Aussi désagréable que ça allait être, j’avais pris ma décision. Il ne me restait plus qu’à décider comment j’allais m’y prendre.

Durant le reste de la semaine, je planifiai mon coup au maximum afin de ne rien laisser au hasard. Lorsque j’appris que les parents de Jack seraient absents tout le samedi après-midi, je décidai que ce serait à ce moment-là que j’agirais et je décalai mes jours de repas pour pouvoir me rendre à la piscine le samedi matin. Ainsi, si quelque chose se passait mal, j’aurais le temps de trouver une solution avant de devoir retourner me nourrir à la piscine Yeerk. Tom, c’était battu comme jamais auparavant contre les gardes. Autant pour essayer de s’échapper (pour prévenir son frère) que pour que je souffre de ses blessures au moment où je reprendrais la possession de son corps. Et encore maintenant même s’il savait que c’était désespérer, il se battait de toutes ses forces pour reprendre le contrôle.

C’est ainsi que je me retrouvais plein d’appréhension à rentrer dans la cuisine en tentant de faire abstraction des hurlements de Tom et des nombreuses blessures que les gardes Hork-Bajir lui avait infligé ce matin. Jack s’y trouvait et faisait ses devoirs. Seul et totalement vulnérable. Je n’aurais aucun mal à le maîtriser avec le corps de Tom (même s’il n’avait pas pratiqué depuis longtemps ça, restait le corps d’un sportif exceptionnellement grand).

Je dis d’une voix enrouée par les cris que Tom avait poussés pendant deux heures dans la cage :

— Salut Jack.

— Salut Tom me répondit-il en me regardant comme si j’étais une tache particulièrement dégoûtante sur ses chaussures

— Tu peux venir dans ma chambre s’il te plaît ?

— Pourquoi ? Dit-il avec méfiance.

— Je dois te montrer quelque chose.

— Je suis occupé, je dois faire mes devoirs.

— Allez le nain. Tu ne vas pas me dire que tu vas passer ton samedi à faire tes devoirs. Ça ne te ressemble pas. Qu’est-ce que tu me caches ? Dis-je en m’approchant de lui, mais il se recula.

— D’accord, je te suis. Finit-il par dire avec un regret visible

Je me dirigeai vers la chambre de Tom, mais malgré ses paroles Jack restât assis.

— Allez, tu viens

— Oui, c’est bon, j’arrive. Répondit le Schtroumpf grognon d’une voix traînante

Enfin, il se leva et me suivit. Très lentement, mais il me suivit. Les hurlements de Tom redoublèrent, je lui dis le plus doucement possible.

— (Courage. Bientôt, tout sera fini) je ne fis pas attention à sa réponse me doutant qu’elle ne contenait rien d’agréable à mon encontre.

Une fois qu’il fut enfin entré dans la chambre de Tom (le chemin était court, mais j’avais l’impression qu’il avait mis des heures à le parcourir) je pris une inspiration avant de commencer puis pris quelques secondes pour l’observer. Il regardait partout avec inquiétude comme s’il s’attendait à tout moment à ce qu’un monstre surgisse d’un coin. Pauvre gosse. Je regardai encore une fois les souvenirs que Tom avait sur Jack. Comment à 6 ans, il était venu demander à son grand frère de regarder sous son lit s’il n’y avait pas un monstre après qu’il eût regardé un film d’horreur en cachette de ses parents. Un après-midi qu’il avait passé à jouer aux jeux vidéo ensemble. Ils avaient l’air tellement heureux tous les deux à cette époque. Ils s’aimaient tellement. Plus qu’aucun Yeerk ne m’avait jamais aimé. Le silence s’éternisa.

— Bon, qu’est-ce que tu voulais me dire ? Demanda-t-il au bout d’un moment.

— Je heu. Écoute n’ait pas peur, je ne vais pas te faire de mal. Je veux juste te parler. Ne t’enfuis pas d’accord. Tu vois, je m’assois et je mets mes mains sur ma tête. Même si je voulais te faire du mal, tu aurais largement le temps de t’enfuir. Dis-je plein d’appréhension en me disant que je faisais la plus grosse connerie de ma vie.

Il resta silencieux et pour une fois, j’eus du mal à lire ses émotions sur son visage. Je poursuivis.

— Je sais que tu es au courant.

— Au courant de quoi ?

J’eus un doute.

— Est-ce que tu sais ce qu’est un Yeerk ?

Son expression à ce moment-là m’apprit que je ne m’étais pas trompé.

— C’est quoi un nouveau groupe de rock ? Bon écoute j’en ai marre de tes énigmes. Je me casse.

— Reste ici ! Si je l’avais voulu, ça ferait longtemps que tu aurais la tête plongée dans la piscine.

— (menteur) me dit Tom en riant à moitié. Des vagues de soulagement puissantes émanaient de lui.

— Mais je peux encore changer d’avis. Dis-je aussi bien pour Tom que pour Jack.

— Tu veux qu’on parle ? Libère mon frère saloperie et après peut-être que je prendrai le temps de t’écouter avant de t’écraser.

— (C’est un lion ton frère) commentais-je puis je laissai le contrôle à Tom

Il mit quelques secondes à comprendre qu’il avait le contrôle puis il se précipitât sur son frère pour tenter de lui faire un câlin, mais il l’esquiva et commença à courir en direction de l’escalier.

— (Cours qu’est-ce que tu attends. Il faut le rattraper. Imagine qu’il essaye d’en parler à la police. C’est plein de contrôleur. Mais qu’est-ce qui m’a pris de faire ça)

— Attends, c’est moi, Tom.

Il s’arrêta net devant la porte de la maison.

— Tu crois que je vais te croire sale limace.

— Qu’est-ce que je peux faire pour que tu me croies ?

— Sors de mon frère.

— Mais c’est moi ton fre(...).

Je ne laissai pas Tom finir sa phrase et repris le control. Je pensais que Tom saurait quoi dire pour le rendre obéissant (et accessoirement, j’espérais qu’il me soit assez reconnaissant pour me pardonner d’avoir envisagé de livrer son frère) mais visiblement, ce n’était pas le cas. Il fallait absolument le convaincre de rester à la maison.

— C’est moi Thévenin 7-8-9. Le Yeerk de votre frère. J’accepte de sortir de sa tête.

Il s’arrêta.

— Vraiment ?

— (Vraiment ?)

— Arrêtez de parler en même temps tous les deux.

— Tu ne serais pas un peu taré ? Je veux dire même selon les standards Yeerk. Osa le minus, mais je ne pouvais pas lui donner tort. Il fallait être fous pour envisager ne serait que 5 secondes de sortir de la tête de son hôte involontaire.

— (Si tu le fais, je promets de te remettre au bout d’une heure. Deux maximum)

— (Tom, je sais que jamais tu ne me remettras volontairement dans ta tête) répondis-je

— (Je te jure que je le pense, je suis sincère. De toute façon si je ne le fais pas les autres Yeerk s’en rendront compte dans 3 jours et toute ma famille se fera infester)

— (Oui, tu es sincère, concédais-je. Mais sans vouloir te vexer, je ne crois pas que tu arriveras à faire ça. C’est beaucoup trop tôt.)

— Heu ! Thévenin. Ça va ?

— Je parle à ton frère. Et accessoirement, je réfléchis. Remontons.

Sans attendre de réponse, je retournai dans la chambre de Tom. Je vis Jack me suivre avec encore plus de réluctance que la première fois. Il devait être persuadé que c’était un piège, mais il devait être prêt à tout tenter pour libérer son frère. Extérieurement, j’affichai un calme olympien. Mais intérieurement, j’étais en pleine panique. J’avais réussi à l’empêcher de s’enfuir, mais à quel prix. Comment faire pour le convaincre de coopérer ? Peut-être que je devrais juste revenir à mon plan initial ? Après tout, l’infestation n’était sans doute pas aussi horrible que Tom le disait pour les hôtes. En-tout-cas, c’est ce que disaient tous les cours de l’empire. Tom devait être juste être un cas à part. Comme moi, il était sans doute beaucoup trop sensible et faible. J’essayai de temporiser.

— Comment l’as-tu appris ?

— Je ne vois pas pourquoi je te répondrais. Tu as dit que tu le libérerais et je ne l’oublierais pas.

— (Bravo frérot. Tu n’as aucune chance Thévenin. Quand il a une idée en tête, c’est impossible de le faire changer d’avis)

— Si tu veux que je le fasse, il va falloir que je te fasse un minimum confiance. J’aimerais un peu plus de garantie que : « Si tu libères mon frère peut-être que je ne t’écraserais pas ».

— Je ne t’écraserai PROBABLEMENT pas.

— C’est mieux, mais je ne suis toujours pas convaincu. Je continuai sur un ton plus sérieux : tu sais le Tom d’aujourd’hui est très différent de celui que tu as connus. Tu ne le sais sans doute pas, mais je n’ai acquis Tom que très récemment. Avant, il appartenait à un autre Yeerk.

— Ce n’est pas un objet, c’est une personne. Il ne t’appartient pas. Et il irait beaucoup mieux si tu le laissais tranquille.

— Oui, d’accord, si tu veux. Dis-je peu convaincu. Mais même si je le voulais, je ne le pourrais pas le libérer. Je veux bien envisager de sortir de sa tête quelques heures en privé, mais après il faudra que tu m’y remettes.

Il ne dit rien, mais je devinais sans problème qu’il n’envisageait pas un seul instant de me permettre de réinfecter, Tom. Je poursuivis.

— Qu’est-ce que tu sais exactement ? Est-ce que tu sais qu’il existe d’autre Yeerk et ce qu’ils nous feront s’il se rendait compte de ce que tu sais ? Ou si je libérais Tom ? Comment comptes-tu le leur cacher une fois que je ne serais plus là ?

Je le vis hésiter.

— J’avais pensé à faire croire que Tom était mort. De simuler un accident de voiture et de demander aux autres(..). Il s’interrompit immédiatement.

— Les autres quelles autres ? M’exclamais-je.

S’il en avait déjà parlé à d’autres personne…. À moins que ce ne soient eux qui lui ait appris l’existence des Yeerk. Peut-être qu’il y avait tout un groupe de résistant humain qui se formait dans l’ombre pour pouvoir combattre l’invasion. Il fallait immédiatement leur faire comprendre que c’était totalement vain avant qu’ils ne se fassent capturer. Et moi, je devais les dénoncer. Laisser un humain libre, c’était une chose, mais participer indirectement à une rébellion contre l’empire en était une autre. Je n’étais pas un traître.

— On est des milliers et on va vous poutrer la gueule. Dit-il agressivement.

Ouf. Donc ils ne sont qu’une poignée. Sans doute d’autres enfants comme lui. Ça me rassure. Ils sont inoffensifs.

— Écoute, je comprends que tu l’ais dit à tes amis, mais c’était vraiment une très mauvaise idée. Ce n’est pas un jeu. Ils ne doivent le répéter à personne. Je suppose que tu ne l’as dit qu’à Marco et Rachelle. Ce sont toujours tes amis les plus proches ? Il faut qu’ils fassent très attention. Il y a des contrôleurs partout. Par exemple, le directeur adjoint de votre école est un contrôleur. Révélais-je dans l’espoir de gagner sa confiance.

— Non, ils ne sont pas du tout au courant. Dit-il paniqué. Bien trop pour que je le croie. Je l’ignorai et poursuivis.

— Et ton plan n’a aucune chance de marcher. Au moindre doute la procédure, c’est d’inséminer de force toute la famille. Et là, ils verront immédiatement dans tes souvenirs où Tom se cache. Et jamais tu n’arriveras à convaincre tes parents que l’invasion est réelle et qu’il faut fuir. Et de toute façon, Tom n’aurait aucun endroit où se cacher. Nous sommons partout. Il finirait immanquablement par rencontrer un autre Yeerk et par se faire recapturer. Aucun hôte n’a jamais réussi à échapper à l’empire.

— Ça, c’est vous qui le dite.

— Écoute s’il y avait une alternative qui ne me mettait pas trop en danger, je te promets que je libérerais Tom (qu’est-ce qu’il me prenait de dire ça). Mais pour le moment, il n’y a pas d’autre choix. Et je te promets que je traite bien Tom. Tu pourras lui demander toi-même.

J’ouvris le tiroir de la table de nuit. Poussa les menottes et le GHB dans un coin en espérant qu’il ne les remarque pas et prit une gourde plein d’eau. Quoi qu’en y réfléchissant. Je les pris et les jetai dans la direction de Jack.

— Tiens, tu en auras peut-être besoin.

— Quoi ?

— Comme je te l’ai dit Tom a beaucoup changé. Il a été beaucoup abîmé par son premier Yeerk. La première fois que j’ai donné le contrôle à Tom il a (…)

— (NE LUI DIT PAS !)

— (Pourquoi ? Si tu refais une tentative de suicide, il faut qu’il puisse t’arrêter.)

— (Les choses ont changé. Je n’ai plus aucune envie de faire ça. Regarde dans mon esprit.)

— (Tu n’en avais pas non plus envie avant que je te donne le contrôle. Ça t’as pris d’un coup quand tu as vu une opportunité.)

— (Tu crois que je ferais ça devant mon petit frère ?)

L’argument porta, mais je n’étais pas totalement convaincu.

— (S’il te plaît)

— (Bon d’accord)

— Bref, le GHB l’aidera à supporter la ré-infestation.

Il triturait les menottes en hésitant, mais dit finalement pendant que j’essayais de rassembler le courage de sauter le pas.

— Comment ça se fait que tu as ça dans ta chambre ?

— Demande à Tom, je ne comprends rien aux goûts sexuels des humains.

Il lâcha les menottes dégoûtées et je quittai le cerveau de Tom sous ses insultes en rigolant (oui, les Yeerk peuvent rire).

Je tombai dans la gourde que j’avais collée contre l’oreille de Tom. Voilà, c’était fait. Il ne me restait plus qu’à attendre et à espérer que Tom tienne sa promesse et que son frère se montre raisonnable.

oOoOoOoOo

Au bout de deux heures, je commençai à m’inquiéter. Au bout de 3 heures, j’étais en panique totale. Et au bout de la quatrième, j’étais résigné à mourir de faim dans cette gourde. Mais finalement, je sentis la gourde bouger et je vis qu’elle était maintenant collée contre une oreille. Je me précipitai et constatai qu’il s’agissait bien de Tom.

— (Enfin, qu’est-ce qui vous a pris autant de temps ? J’étais paniqué.)

— (Désolé)

— (C’est tout ce que tu as à dire.) répondis-je agressivement.

— (Qu’est-ce que tu veux que je dise d’autres. Et puis au moins comme ça, tu sais ce que ça fait d’être à la merci de quelqu’un d’autre)

— (Moi, je suis un Yeerk)

— (Et alors)

Je renonçai à lui faire comprendre que les Yeerk étaient une race supérieure et que ce n’était pas naturel d’inverser les rôles ainsi.

J’essayai de bouger le corps de Tom, mais je n’y parvins pas. Je remarquai alors qu’il était menotté au tuyau de chauffages et que Jack tenait la gourde appuyée contre mon oreille.

— C’est bon, j’ai le contrôle. Tu peux me libérer.

Il me regarda avec dégoût.

— Je ne suis pas sûr d’en avoir envie.

Mais il me détacha néanmoins. Une fois débous, je commençai à fouiller la mémoire de Tom pour savoir ce qui c’était passé durant mon absence.

— (S’il te plaît, ne regarde pas. C’est privé.)

— (J’ai besoin de savoir ce qui s’est passé. Comment je pourrais savoir s’il ne va pas nous attirer des ennuis sinon)

— (S’il ne va pas t’attirer des ennuis, tu veux dire ?)

Il était beaucoup plus agressif envers moi qu’avant. Était-ce parce que j’avais planifié de livrer son frère ou à cause de ce que Jack lui avait dit durant mon absence ? J’étais encore plus déterminé à visionner ses souvenirs, mais je lui répondis :

— (Je ne suis pas ton ennemi Tom. D’accord, je ne les regarderai pas.)

— (Et ne regarde pas non plus pendant mon sommeil)

— (Comment tu le sais ? Enfin, je veux dire, tu ne peux pas t’en rendre compte de toute manière. Ce que tu ignores ne peut pas te faire de mal ?)

— (Donc Jack avait raison. Combien de fois, tu m’as menti pour pouvoir me manipuler et que je devienne ton petit chien obéissant ?)

— (C’était nécessaire Tom. Je savais que tu en souffrirais si tu le savais, mais j’avais besoin de ses informations. Je ne voulais pas te faire de mal)

— (Il ne suffit pas d’avoir de bonnes intentions pour que ce soit bien. Comment tu veux que je te fasse confiance après ça ?)

— (Désolé. Je te promets qu’à partir de maintenant si je dois voir un de tes souvenirs, je le ferais lorsque tu es conscient. Ou si c'est douloureux, je te demanderai ton autorisation pour le faire de nuit.)

— (Pourquoi est-ce que je devrais te croire ?)

Je n’avais rien à répondre à cela.

J’entendis leurs parents rentrer. Ils m’avaient sans doute remis uniquement parce qu’ils étaient sur le point de rentrer. Enfin vu comment Tom m’a accueilli, je devais sans doute m’estimer heureux qu’il ne m’ait pas balancé dans les toilettes. Je descendis et au plus grand désarroi de Tom, je jouai son propre rôle devant ses parents mieux qu’il ne pouvait le faire désormais. Je ressentais de manière brûlante son envie de prendre le contrôle. Apparemment, ses quelques heures d’autonomie bien loin de le satisfaire n’avait fait qu’intensifier son désir de libertés (et son ressentiment envers moi). Dire qu’avant cette histoire, il avait commencé à m’apprécier et à me faire confiance.

Pendant le repas, nous avions pris l’habitude d’échanger quelques mots et je répétais le plus souvent ce qu’il avait envie de dire, mais là il refusait tout net de m’adresser la parole. Et il repoussa tout net mes tentatives de lui faire un câlin mental. Bon dieu quelle ingratitude. Après tout ce que j’avais fait pour lui. Mais malgré toute l’amertume que son attitude m’inspirait, il me manquait. J’avais envie que l’on mette cette semaine horrible de côté et que l’on retrouve notre complicité. C’est la seule personne qui m’appréciait vraiment.

— (Tom maintenant que ton frère est au courant, ce n’est plus la peine de lui cacher tes cauchemars. Je pourrais dormir en dehors de ta tête et le matin, il me remettra à l’intérieur de vous. Comme ça, vous sera sûr que je ne lis pas vos souvenirs sans votre consentement).

Et je ne le dis pas, pour ne pas le vexer, mais dormir séparément serait également un vrai délice pour moi. Il répondit avec enthousiasme.

— (Vraiment ? Merci beaucoup. Jack dira sans doute que je ne devrai pas te remercier pour me donner le droit d’utiliser mon propre corps mais je me doute que ce ne doit pas être facile pour toi)

— (Ne me remerciez pas. C’est juste un moyen de me venger du Schtroumpf grognon. Maintenant, c’est lui qui sera réveillé plusieurs fois par semaine)

Jack éternua.

Bonus : Les tentatives de recrutement de Thévenin

— Bonjour monsieur, vous ne semblez pas aller très bien. Je peux vous aider ?

— Non sauf si vous êtes capable de ressusciter les morts. Répondit-il agressivement

— Malheureusement je ne peux pas faire ça, mais si vous avez perdu un proche vous devriez devenir membre du partage. Beaucoup de gens disent qu’ils les ont beaucoup aidés à guérir.

— Je ne pense pas que l’on puisse guérir de ça. Désolé d’avoir été aussi sec. Répondit-il plus doucement

— Ce n’est pas grave. Puis-je savoir qui exactement, vous avez perdu ?

Il commença à sangloter :

— Ma femme et ma fille. Ils sont morts la semaine dernière dans un accident de voiture. Par ma faute. Depuis, j’ai l’impression d’être mort moi aussi. Je ne sais même pas ce que je fais ici à cette réunion.

Je lui dis un grand sourire :

— Et bien vous avez de la chance. Au partage, on vous aidera à passer à autre chose. D’ailleurs, j’ai vu que vous avez déjà commencé à l’oublier. C’est bien que vous essayez de fréquenter quelqu’un d’autre aussi peu de temps après. Enfin, je dis ça, mais moi, je n’ai jamais tué personne donc je sais pas à quel moment il est raisonnable de fréquenter à nouveau. Mais vu votre âge, il vaut mieux que vous évitiez de perdre du temps.

À ma plus grande incompréhension, il me donna un coup-de-poing puis quitta la salle au pas de course. Toutes les conversations s’arrêtèrent et dès que la rumeur de ce qui s’était passée les atteignit les convives m’adressèrent d’intenses regards de mépris. Je notai que les regards les plus désapprobateurs se trouvaient chez les contrôleurs. Qu’est-ce que j’avais donc dit de mal ?

— (Thevenin, je suis d’accord avec toi qu’il faut tout faire pour dissuader les gens de devenir membre. Mais si tu ne te montres pas plus discret, on va se faire tuer.)

Comment ose-t-il se moquer de moi ? En plus, c’est de sa faute si j’ai autant de mal à m’adresser aux autres humains. S’il me laissait accéder à l’intégralité de ses souvenirs à n’importe quel moment, je serais aussi bon que n’importe quelle Yeerk. Il croit quoi que c’est pour faire souffrir notre hôte qu’on trifouille leur cerveau. Bon d’accord certain Yeerk le font pour faire souffrir leurs hôtes. Bon en fait beaucoup de Yeerk. Mais normalement, c’est juste pour savoir comment un humain se comporte. Ma colère devait être tellement forte qu’il dut la ressentir, car il rajoutât avec peur :

— (Non mais je ne disais pas ça pour te critiquer. Tu te débrouilles très bien. C’était juste un conseil.)

Attends, mais il se moquait pas du tout de moi. Il était totalement premier degré. Mais là, j’avais besoin de me défouler sur quelqu’un.

— (Tom pour la dernière fois, je ne vais pas te faire de mal ? Qu’est-ce que je dois faire pour que tu me fasses un minimum de confiance ? Dis-je en élevant la voix pour la première fois contre lui. Immédiatement, je le regrettai.)

— (C’est facile à dire pour toi. Je suis totalement à ta merci. Dit-il avec défis.)

Je repris plus doux

— (Chaque nuit, c’est moi qui suis totalement à ta merci.)

— (Ce n’est pas pareil. Si je te fais quoi que ce soit, je peux être sûr que ma famille sera intégralement infestée et je suis sûr d’être affecté au Yeerk le plus cruel de la piscine. Et puis toi, tu peux lire dans mon esprit. Tu sais à l’avance si je compte te trahir.)

— (Ça ne reste pas totalement agréable de confier sa vie à quelqu’un qui rêve de vous tuer)

— (Je ne souhaite pas te tuer)

— (Je doute que tes rêves aient beaucoup évolué depuis que l’on fait chambre à part.)

— (Mais ça ne veut rien dire. Ce n’est pas ce que tu crois. Oui, j’aimerais ne plus t’avoir dans ma tête, mais je t’apprécie vraiment.)

— (Tom en vue de ton infestation, j’ai eu des cours poussées sur votre espèce. Chez vous il n’est pas rare que le mâle tue la femelle qu’il aime. Le fait que tu m’aimes n’est pas particulièrement rassurant)

— (Pas dans ce sens-là. Je voulais dire que je te considère comme un ami.)

— (Un traître, c’est toujours un ami)

Devant son silence interdit j’expliquai :

— (C’est la morale d’un très célèbre compte pour enfant Yeerk)

Mouvement pour la paix

Quelques mois plus tard au QG de la résistance humaine contre l’invasion Yeerk (Bon en fait, c’est juste la grange de Cassie, mais c’est moins classe dit comme ça)

— Illim, Est-ce que vous connaissez un Yeerk nommé Thévenin 7-8-9 ? Demanda Jack

— De réputation seulement. Il a obtenu les scores les plus faibles de l’histoire à tous ses tests d’aptitudes. Malgré tout Visser-3 a décidé de lui octroyer un hôte, car c’est un fanatique qui ne remet jamais en question les préceptes de l’empire. Je m’en souviens, car beaucoup de Yeerk mieux classé s'étaient plaints de cette décision. Mais surtout, c’est sans doute le Yeerk le plus sadique, présent sur terre. D’ailleurs, maintenant, que j’y pense, c’est peut-être pour ça que Visser-3 l’apprécie. Je plains le pauvre humain qui lui a été affecté. Il doit horriblement souffrir.

— Il n’est pas si sadique.

— Pas si sadique. Il aime tellement faire souffrir les humains qu’il a pris le risque que mon hôte ne soit jamais infecté juste pour le plaisir de se moquer de la mort de sa femme et de sa fille. Et puis comment vous pourriez le savoir ?

— C’est le Yeerk de mon frère. J’aimerais que vous le recrutiez.

Jack avait parlé de manière calme, mais quelque chose dans le ton lui fit comprendre que c’était un ordre et qu’il ne devait pas discuter. Comme d’habitude, Jack n’ordonnait jamais formellement, mais tous devaient se plier à ses décisions.

oOoOoOoOo

Quelques jours plus tard, alors que Thévenin venait de finir de se nourrir et de récupérer le contrôle de Tom.

— (Alors ?) demanda Tom

— (Alors quoi ?)

— (Il ne s’est rien passé dans la piscine Yeerk ?)

— (Depuis quand est-ce que tu t’intéresses à ce que je fais dans la piscine ?) demandais-je surpris.

— (C’est sans doute plus intéressant que ce qui se passe dans les cages). Dit-il avec amertume

— (Je suis désolé. J’ai essayé de me plaindre pour que vous ayez un meilleur traitement, mais on m’a juste ri au nez). Le consolais-je en lui faisant un léger câlin mental.

— (Je sais. Je ne vous en veux pas, alors il ne s’est rien passé d’inhabituel ?)

— (Non)

— (Vous êtes sûr ?)

— (Maintenant que vous le dite je n’y ai pas fait attention sur le moment, mais un Yeerk que je ne connaissais pas a essayé de me parler. Comment il s’appelait déjà. Ah oui Illite)

— (Et qu’est-ce qu’il vous a dit) Demanda Tom avec une excitation que je ne comprenais pas.

— (Rien de spécial. Il m’a juste demandé si je ne trouvais pas que se serait bien que tous les hôtes soient volontaires)

— (Et qu’est-ce que vous avez répondu ?)

— (Juste ce qu’on nous apprend à l’école)

— (C’est-à-dire ?)

J’hésitai avant de répondre sachant que Tom n’allait pas apprécier. Mais après tout, c'est lui qui avait insisté.

— (Que si les hôtes ne sont pas volontaires, c’est qu’ils sont trop stupides pour comprendre la chance qu’ils ont. Notre devoir en tant que Yeerk est de les dresser par tous les moyens afin d’apporter à leurs espèces primitives les bienfaits de la civilisation Yeerk.)

Évoquer ce moment me donna une idée que je soumis à Tom :

— (Tu crois que c’était un test de mes supérieurs pour vérifier ma loyauté ? Si c’est le cas, je devrai peut-être le dénoncer pour sympathie. Qu’est-ce que tu en penses ?)

Un long silence s’ensuivit. Un silence mental. C’est 10 fois plus gênant qu’un silence normal.

— (Thevenin, je t’aime bien. Mais parfois, j’ai juste envie de te filer une baffe).

oOoOoOo

— (Non, c’est non, Tom)

— (Pourtant, tu as dit que si tu avais le choix, tu me rendrais ma liberté. Même au péril de ta vie)

— (Oui et je le pense toujours). Il aurait été plus exact de dire ‘maintenant, je le pense’. Mais ça Tom n’avait pas besoin de le savoir.

— (Mais quoi ?)

— (Mais il y a une différence entre libérer un hôte et rejoindre un groupe terroriste. Je ne suis pas un traite Tom)

— (Ce ne sont pas des terroristes. Merde comment veut tu qu’un groupe qui se nomme ‘mouvement pour la paix’ soit composé de terroriste)

— (C’est ce qu’affirme Visser-3) lui dis-je en pensant que cet argument massue clôturait définitivement le débat.

— (J’emmerde Visser-3. Tu ne vois pas que ce type est un psychopathe ? Combien de fois il a menacé de te tuer ?)

— (Il était juste de mauvaise humeur ce jour-là. Ça arrive à tout le monde. Et il a beaucoup de responsabilités. Au final malgré mes tares, il m’a toujours soutenue. C’est grâce à lui que j’ai pu avoir un hôte. Et puis un Visser ne peut pas être un psychopathe. S’il a été nommé à ce poste, c’est forcément qu’il m’est largement supérieur. Je ne suis pas assez intelligent pour comprendre les raisons de ses décisions. Et à fortiori, c’est valable pour toi)

— (Ça veut dire quoi ça ?) demanda-t-il avec colère

Je notai avec satisfaction qu’il me faisait maintenant assez confiance pour se montrer désagréable avec moi sans craindre de séance de punition (Avant à chaque fois qu’il le faisait sa peur était palpable).

— (Ne te fâche pas Tom. C’est juste que tu appartiens à une espèce primitive. Vous ne maîtrisez même pas le voyage spatial et vous laissez les vôtres mourir de faim et de froid dans la rue alors que vous avez des stocks monstrueux de nourriture juste à côté et des tonnes de locaux chauffé complètement vide. J’admets que les Yeerk ne sont pas parfaits, mais on vous est supérieur à tous les niveaux)

— (Toutes ses conneries que tu racontes ce n’est pas juste pour donner le change devant les autres Yeerk ? Tu les penses vraiment ? Tu penses vraiment être un être supérieur ? M’être supérieur à moi ?)

— (Moi ce n’est pas pareil, moi, je suis un Yeerk attardé. J’ai déjà de la chance que l’empire ne m’ai pas éliminé pour purifier l’espèce).

— (Thévenin. Tu n’es pas un imbécile. Bordel, je suis sûr que tu es meilleur que 99% des Yeerk. Juste est ce que tu ne pourrais pas penser par toi-même de temps en temps ?)

— (Merci, mais je sais que je suis un débile. Et réfléchir, c’est déjà trahir.)

Devant sa stupéfaction, je rajoutai :

— ( ‘Réfléchir, c’est déjà trahir ‘ est le titre du livre que nous lisaient les sergents chargés d’éduquer ma portée pour nous endormir lorsque j’étais petit. Ça a l’air austère, mais c’est un chouette bouquin rempli de bon précepte de vie. Votre espèce devrait s’en inspirer. Si tu veux, je peux essayer de t’en citer certains passages de mémoire)

— (C’est bon, ça va. Je te crois) dit-il rapidement, mais je voyais bien qu’il n’en pensait pas un mot. En fait, je ne comprenais pas la cause des émotions qu’il ressentait à ce moment-là. Est-ce que c’était de la pitié ? Je n’osais pas plus fouiller plus de peur qu’il ne m’accuse de nouveau de violer son intimité. Était-ce ma faute à moi si j’entendais toutes ses pensées et ressentais toutes ses émotions ?

— (Écoute Tom, je te promets de ne pas dénoncer IIlim. Mais ne m’en demande pas plus)

Fin de la guerre

Cela faisait longtemps que Tom n’avait pas été aussi horrible avec moi. Mais je n’avais pas besoin de ses commentaires pour me sentir mal. Quelques jours, plus tôt, Visser-3 nous a annoncées avec joie qu’il n’y avait plus besoin que l’invasion soit secrète. Que dorénavant, nous étions suffisamment nombreux et bien infiltré chez les élites dirigeantes, humaines pour pouvoir agir au grand jour.

Suite à ce discours, je fus affecté à la surveillance des entrées de la gare ou les autres Yeerk forçait des familles entières à rentrer dans des trains qui les mèneraient à une plateforme d’infestation géante qui avait été créée au cœur de la ville. Les gens avaient été réveillées au bord de la nuit et traînées de force jusqu’aux wagons. Mon rôle était aussi simple qu’ennuyeux. Resté positionné à l’entrée et me tenir prêt à tirer si ce commando Andalites, qui sabotait nos opérations depuis plus de deux ans, essayait de nous attaquer.

Du jour au lendemain, ma vie était redevenue ce qu’elle était avant que Tom ne devienne ma propriété. Mes journées étaient dorénavant rythmées des pleurs et des sanglots des humains qui ne comprenait pas ce qui leur arrivait, si ce n’est que s’ils rentraient dans ses trains, ils ne reviendraient probablement jamais chez eux. Inutile de dire que Tom ne fut pas ravi de voir que je coopérais. À sa plus grande horreur, je fus obligée de le priver de tout contrôle de son corps de façon permanente et il dut regarder de manière passive les événements depuis le fin fond de son esprit.

De toute façon, nous étions dorénavant en permanence entourée d’autre Yeerk donc même s’il avait été plus coopératif, je n’aurais pas pu lui donner le contrôle ou sortir de son corps comme nous avions pris l’habitude de le faire. Comme il n’était plus nécessaire de maintenir notre couverture, je ne pouvais plus retourner dormir chez lui. Je devais désormais consacrer l’intégralité de mon temps au service de l’empire. La prochaine (et dernière) fois que je rêverais les parents de Tom ou le Schtroumpf grognon, ce serait sur ce quai de gare, lorsque leur tour sera venu d’être récolté. Et nous n’avions aucun moyen de les prévenir discrètement afin qu’ils puissent s’enfuir. De toute façon où est ce qu’il fuirait ? Bientôt, toute la planète sera sous notre contrôle et chaque humain aura un Yeerk dans la tête.

Mais je fus sorti de mes pensées lorsqu’un bruit violent retentit derrière moi. Je me retournai et vu qu’un groupe d’humain avait réussi à faire tomber sur leur escorte, une statue qui décorait l’entrée de la gare. Déjà, tous profitaient du chaos engendré pour se disperser dans toutes les directions. Mais c’était peine perdue. Nous étions préparés à ce genre d’incident et ils furent tous rapidement maîtrisés. Tous sauf une femme qui malgré la menace des rayons dracon se précipitât sur les gardes. Le garde fut surpris, mais son entraînement reprit vite le dessus et il tira. Elle fut immédiatement vaporisée, mais elle avait réussi à les distraire suffisamment pour que ce que je pensais être sa fille ne réussisse à briser l’encerclement.

La petite fille qui devait avoir approximativement 8 ans courait en pleurant dans le couloir situé sous ma ligne de tire, pendant que des humain-contrôleurs la poursuivait. Sous les impuissants cris d’horreur de Tom, je portai mon fusil dracon à l’épaule et visa. Les autres Yeerk ne le savaient pas, mais j’étais un excellent tireur. Si j’ai lamentablement raté tous mes tests de tir au moment de mes examens, c’est uniquement, car à l’époque, j’étais trop inexpérimenté pour bien savoir contrôler mon ancien hôte. Durant les entraînements sur des cibles holographiques, j’avais eu d'excellents résultats, mais pour plus de réalisme durant l’examen les cibles étaient des hôtes trop vieux ou abîmé pour servir qu’on laissait libre de s’enfuir. Je n’avais pas pu empêcher ma main de trembler.

De toute façon de là où j’étais cette petite fille était une cible bien trop facile pour être loupé même par un piètre tireur. Après quelques secondes d’hésitation, je tirais et j’entendis un cri de douleur suivi d’une gerbe de sang qui éclaboussât tout le couloir. J’avais touché la jambe d’un des contrôleurs qui la poursuivait. Elle s’était immédiatement désintégrée. Il agonisait maintenant sur le carrelage et serait mort si les autres n’avaient pas abandonné la poursuite pour lui venir en aide. Je la vis une dernière fois alors qu’elle disparaissait derrière une rangée de buissons qui entourait la gare. Elle était définitivement hors d’atteinte.

Le contrôleur chargé de superviser l’opération sortit alors de son bureau furieux en hurlant.

— Qui est la traite responsable de ce tir ? Trouvez-le et neutralisez-le.

Je lâchai immédiatement mon arme et pris une pose contrite.

— Sous-visser, c’est Thévenin 7-8-9, le responsable. Dit l’un des contrôleurs occupés à utiliser un appareil de technologie Yeerk pour faire repousser la jambe de son camarade.

Son visage s’illumina de compréhensions.

— Qu’elle est l’idiot congénital qui a affecté le seul Yeerk capable de rater un éléphant dans un couloir à ce poste ?

— C’est Visser-3 monsieur.

Il pâlit et retourna dans son bureau après avoir ordonné à ses équipes de retourner à leur poste et de ne plus jamais reparler de cet incident. Aucun ne prit la peine de ne serait-ce que me reprocher mon erreur. Ça fait longtemps que les autres Yeerk considéraient que j’étais une cause perdue qui ne valait même pas la peine que l’on perde son temps à la réprimander. De plus, j’avais les faveurs du visser.

— (Ne crois pas que ça suffise pour que je te pardonne, sale limace)

Ça faisait des mois qu’il ne m’avait pas traité de limace. Oui, tout était redevenu comme avant. Et il allait falloir que j’apprenne à m’en satisfaire.

oOoOoOoOo

2 heures après la fuite de la petite fille, je contemplais l’immense cratère qui avait remplacé la ville. Au-dessus le vaisseau mère Yeerk était lentement en train d’atterrir. Même après autant de temps, je ne me lassais pas des sens dont disposaient les humains. Avec leur vu incroyablement développé, même un paysage aussi terrible recelait une certaine beauté. Mais je fus distrait dans ma contemplation par une question de Tom.

— (Tu crois qu’elle a eu le temps de s’enfuir ?)

Je ne comprenais pas pourquoi il faisait une telle fixette sur cette gamine alors que des centaines de milliers de personnes avaient probablement péri suite au bombardement. Mais c’est la première fois depuis 3 jours qu’il m’adressait autre chose que des insultes alors je lui répondis.

— (Probablement pas. On a fui en vaisseau et on a à peine eu le temps de s’éloigner de la zone d’impact avant que le vaisseau mère ne commence à tirer, alors à pied elle n’avait aucune chance. Même en ayant une heure d’avance sur nous)

— (Quelqu’un l’a peut-être pris en voiture ?)

— (La plupart des voitures se sont retrouvées coincées dans les embouteillages et n’ont pas pu sortir de la ville à temps. Et de toute manière, les humains sont trop égoïstes pour venir en aide à ceux qui les entourent.)

Un silence pesant s’ensuivit.

Pour lui remonter le moral, je rajoutai :

— (Tu ne trouves pas que c’est magnifique ? Dorénavant, c’est là qu’on va vivre.)

— (Que tu vas vivre, tu veux dire. Et tu crois franchement que j’en ai quelque chose à foutre du paysage ?)

— (Est-ce que je peux te poser une question ?)

— (Quoi tu veux savoir de quelle couleur je veux les barreaux de ma prochaine cage ?)

— (Non mais si tu as une préférence n’hésite pas) Répondis-je le plus sérieusement du monde, n’ayant pas compris qu’il était sarcastique. Après une pause que je pris pour un assentiment, je poursuivis : Pourquoi n’es-tu pas plus triste pour ta famille ? Normalement, eux aussi se trouvaient en ville au moment où les Andalites ont attaqué notre base ?)

— (Évidemment que je suis triste. Mêle-toi de tes oignons.)

— (Tu mens. Tu n’es pas triste du tout. Par contre, tu es terrorisé que je découvre quelque chose.) Affirmais-je d’une voix calme. Qu’il était frustrant de ne pas fouiller son esprit à ce moment-là. Peut-être devrais-je le faire. Après tout maintenant, qu’il refusait toute coopération avec moi, je n’avais plus aucune raison de tenir ma promesse de ne pas envahir son intimité. Mais à la place, je lui demandai :

— (Tom, je t’ai promis de ne pas fouiller ton esprit sans ton consentement et je tiendrais ma promesse. Je veux juste savoir. Est-ce qu’ils sont encore en vie ?)

— (Oui, normalement, ils vont bien.)

Bonus : Discussion dans le vaisseau

— (Si vous mourez au cours de l’accouplement alors pourquoi le faites-vous ? Enfin à l’époque où vous n’étiez pas forcé de le faire pour produire des soldats en masse.) Demanda Tom.

Je ne me souviens vraiment pas de comment nous avons pu passer d’une discussion où Tom tentait pour la énième fois de me convaincre de rejoindre le mouvement pour la paix à une discussion sur la sexualité des Yeerk.

— (Pour la même raison que vous.)

— (L’orgasme ? Il doit être vraiment énorme pour que vous acceptiez de mourir pour ça)

— (Non l’amour. Notre espèce n’est pas aussi bestiale que la tienne. D’ailleurs à ce propos, je ne sais pas ce que tu faisais les soirs où je te laissais dormir seul, mais ça baissait agréablement ton niveau d’excitation sexuelle. Pourrais-tu également le faire lorsque tu es dans ta cage ? Si tu as besoin de partenaire, je pourrai m’arranger pour que tu sois mis dans une cage collective lors de ma prochaine tétée ?)

J’obtiens le silence pour la première fois depuis 4 jours. Ce concept de vie privé était dur à comprendre, mais une fois que vous le maîtrisiez, il était très utile pour obtenir ce que vous vouliez des humains.

Fin de la guerre 2

J’étais terrorisé. Nos supérieurs venaient de nous annoncer qu’on avait détecté une flotte Andalite à proximité. Et le vaisseau-amiral où je me trouvais aller tenter de les intercepter dans ce qui serait sans doute la bataille finale. Si elle continuait tout droit elle atteindrait la terre dans quelques jours. Tom lui ressentait une immense joie mêlée d’espoirs. Pour la première fois, je m’énervai contre lui :

— (Est-ce que tu pourrais au moins faire semblant d’en avoir quelque chose à foutre de moi ? Après tout ce que j’ai fait pour toi)

— (C’est vrai que tu ne m’as pas fait revivre en boucle, mais pire souvenir ou fait croire que mes proches étaient morts pour comment tu disais déjà : ‘me dresser’. Je devrais me traîner à tes pieds de reconnaissance.)

— (Tu pourrais au moins ne pas souhaiter ouvertement ma mort)

— (De quoi tu parles ?)

— (Au cas où tu l’aurais oublié, je suis dans ta tête Tom. Tu espères la victoire des Andalite)

— (Et pas toi ? Pourquoi as-tu essayé de sauver cette fille sinon ?)

— (Pour la même raison que je ne torture pas pour réprimer ton insolence : je suis un Yeerk dégénéré. Ça ne veut pas dire que je souhaite la disparition de mon espèce)

— (Tu n’es pas un Yeerk dégénéré. Tu es (..) et bien aussi bizarre que ça puisse paraître, tu es humain)

— (C’est bien ce que je dis)

Tom leva mentalement les yeux au ciel.

— (En quoi, c’est un problème de ne pas vouloir faire souffrir les autres ?)

— (Parce que si tous les Yeerk étaient comme moi, nous aurions déjà disparu)

— (Pourquoi ? Parce que vous n’auriez pas asservi suffisamment d’espèce ?)

Je poussai un soupir et repris calmement.

— (Tom, t’es-tu déjà demandé pourquoi nous essayons d’envahir la terre ? Pourquoi est-ce que nous voulons à tout prix nous emparer d’un monde où les océans sont trop acides et salés pour qu’on puisse y survivre ? Un monde dont le soleil ne nous fournit pas les rayonnements dont nous avons besoin pour nous nourrir ? Un monde où pour survivre, nous avons besoin de nous nourrir uniquement de kandrona artificiel en nous entassant dans des piscines tellement surpeuplées que l’on peut à peine bouger une fois que nous somme dedans ?)

Il ne répondit rien, mais je perçus très nettement ce qu’il pensait. Pour lui, nous envahissions sa planète, car nous étions des parasites maléfique et sadiques qui veulent dominer la galaxie.

— (Parce que nous n’avons pas le choix. Les Andalites ont décidé que nous représentions une menace et donc de nous exterminer tous jusqu’au dernier. Depuis qu’ils nous ont chassées de notre monde natal, nous avons été de planète en planète, mais les Andalites nous retrouvent toujours. Mais votre espèce en plus d’être suffisamment proches des Ged pour que l’infestation soit facile est extrêmement nombreuse et se reproduit à une vitesse folle. Si nous avions pris le contrôle de tous les humains, nous aurions pu construire une flotte assez grande et avoir assez de troupes pour repousser les Andalites et même lancer un assaut sur leur monde natal. Nous aurions pu gagner la guerre et enfin vivre en paix)

— (Si tous les Yeerk étaient comme toi, peut-être que les Andalites ne vous considérerait pas comme une menace et ne vous aurait jamais attaqué)

— (Je n’y avais jamais pensé. De toute façon, on ne le saura jamais et cela n’a que peu d’importance. L’important, c’est qu’aujourd’hui les Andalites veulent nous exterminer et d’ailleurs vous aussi, ils vous extermineront)

— (Qu’est-ce que tu racontes ?)

— (Si tu étais à leur place comment ferait tu pour détruire les Yeerk qui se trouve sur terre ?)

— (Je ne sais pas. Je n’y ai jamais réfléchi. Je suppose qu’une fois les vaisseaux ennemis détruits, j’utiliserais un détecteur à Yeerk pour les trouver, puis je les séparerais de force de leurs hôtes.)

— (Tom, il y a une différence entre la technologie et la magie. Comment veux-tu détecter un parasite qui n’émet aucun signal ? Et même si c’était possible, ils ne pourraient pas être sûrs que nous n’avons pas trouvé un moyen de brouiller le signal et de nous cacher. Sans compter la logistique que demanderait notre extraction par la force sans blesser les hôtes.)

— (Il pourrait juste détecter et détruire les sources de kandrona artificiel puis attendre que vous mourriez tous de faim.)

— (C’est déjà plus réaliste comme méthode, mais c’est justement pour éviter ce genre de problème que nous les enterrons profondément et que nous en construisions plusieurs. Il ne pourrait jamais être sûr de ne pas en louper un. La seule méthode efficace est d’annihiler toute vie à la surface de la planète infestée. Ou au minium tous les hôtes potentiels.)

Je le sentis hésitant, mais il répondit néanmoins.

— (Ça, c’est ce qu’on t’a appris, mais c’est peut-être faux)

— (L’empire ne se trompe jamais)

— (Tu as pourtant fini par reconnaître que pour les humains l’infestation était horrible)

— (Oui, enfin, c’est une erreur compréhensible. Vous ressemblez tellement aux Ged physiquement)

— (C’est quoi un Ged ?) me demanda Tom.

— (Ce sont des sortes de petit singe avec qui nous vivions en symbiose sur notre monde natal. Ils avaient l’avantage de rechercher activement notre infestation. Avant l’attaque des Andalite, ils étaient nos seuls hôtes. Mais l’espèce est inadaptée à la guerre et aux voyages spatiaux. Et durant les premières années de notre exode, nous n’avions pas les ressources suffisantes pour préserver une espèce inutile.)

— (Mais bref s’ils se sont trompé sur ça, ils se sont peut-être aussi trompé sur les Andalites ? Sinon explique-moi pourquoi le mouvement pour la paix coopérait avec les soldats Andalites ?)

Je m’exclamai sous le coup de la surprise :

— (Ils coopèrent avec les Andalites ? Tom, je suis désolé, mais là, c’est la survie de mon espèce qui est en jeu. S’il y a des traîtres parmi nous, je dois le savoir et en avertir mes supérieurs avant la bataille finale. Si tu ne me dis pas tout, je vais devoir fouiller ton esprit)

oOoOoOoOo

Une heure et quelques explications plus tard :

— (Ce que tu essayes de me faire croire, c’est que le commando Andalite qui défie l’empire depuis plus de deux ans est juste une bande d’enfants Humain et Andalite dirigée par ton frère ?)

— (C’est ça) dit-il avec une fierté évidente pour son frère.

Sa fierté pour ce qui était pour ma race une terrible humiliation m’agaça et me poussa à rajouter :

— (Que c’est le Schtroumpf grognon qui a détruit l’hôpital où les Yeerk soignaient gratuitement les humains et fait bouillir vif des centaines de Yeerk ? Que c’est lui qui a mené l’attaque de notre base qui a entraîné en réaction le bombardement de la ville et la mort de tous les habitants ? Qu’il a réussi à convaincre un membre d’une race aussi orgueilleuse que les Andalites, fussent-ils un enfant perdu sur terre, d’obéir à un primitif comme lui ?)

— (Si tu appelles gratuit le fait de devoir céder son corps pour le reste de sa vie à un Yeerk, oui, c’est cet hôpital qu’il a fait péter. Et si vous ne voulez pas qu’on vous tue vous n’aviez qu’à pas essayer d’envahir notre planète. On ne fait que se défendre)

— (Se défendre contre quoi ? On ne vous tue pas, il me semble ?)

— (Contre le fait d’être traité comme du bétail par une bande de limaces psychopathe ?)

— (Arrête de me traiter de limace. En fait l’animal terrestre dont nous sommes le plus proche est le plancton. Et tu te trompes. Jamais nous ne vous traiterons comme du bétail. Tu devrais le savoir depuis le temps. Jamais nous ne ferions subir à nos hôtes ne serait-ce que le dixième de souffrance que vous infligez à votre bétail. Si effectivement, c’était le cas-là, vous seriez légitime à vous défendre.)

— (Mais de quoi tu parles ?) me demanda Tom.

— (C’est vrai que tu n’as jamais visité une de vos exploitations.) Répondis-je. Je poursuivis :

— (Bref, ce n’est pas le sujet et ça ne répond pas à ma question. Pourquoi est-ce que le mouvement pour la paix pense que les Andalites ne vont pas nous exterminer ? Et quand je dis-nous, j’inclus les humains)

— (Parce que l’enfant Andalites nous l’a promis)

— (Mais c’est de la folie. Même s’il est sincère, comment pourrait-il convaincre les siens ?)

— (Non ce que je veux dire, c’est que d’après lui les Andalites ne veulent pas nous exterminer. Enfin pas exterminer les humains. Les Yeerk, je ne sais pas. Et puis il appartient à une famille haut placée qui sera sans doute soulagé de le retrouver vivant et reconnaissant envers ceux qui l’ont aidé à survivre)

— (C’est tout ?)

— (C’est mieux que de se résigner à une vie d’esclavage et de souffrance. Et puis sa version de la guerre est très différente de la tienne. Je pense que tout ce que l’on t’a raconté sur le passé de ton espèce et le but de la guerre est un mensonge)

Je réfléchis pendant un temps. Je sentis qu’il attendait ma réponse avec anxiété. Mais je ne pouvais pas me concentrer avec ses pensées et émotions qui me parasitaient. Je commençais à me dire que c’était à cause d’eux que j’avais renoncé à implémenter Jack au dernier moment, il y a si longtemps maintenant. Si j’avais pris la bonne décision ce jour-là, nous aurions peut-être déjà gagné la guerre.

— (Bon, c’est bientôt l’heure que j’aille me nourrir. Je déciderais de ce que je fais à ce moment-là. Cette fois-ci essaye de ne pas provoquer le garde quand il t’escortera vers ta cage. Quoi que je décide, j’aurais besoin que ton corps soit en parfaite état)

oOoOoOoOo

J’avais finalement pris ma décision. Les cinglés du mouvement pour la paix étaient peut-être prêts à miser la survie de nos deux espèces sur la promesse d’un Andalite. Non pire, d’un enfant Andalite. Mais pas moi.

J’allais tout raconter à Visser-3 et il prendra les mesures qui s’imposent pour les empêcher de s’abotter notre opération. Sans les traîtres, notre attaque surprise contre la flotte Andalite avait toutes les chances d’être un succès. Et sans Jack et sa petite bande de résistant nous aurons pris le contrôle de la terre avant qu’il n’ait le temps d’envoyer une autre flotte.

Une fois la guerre terminée, il sera toujours temps de militer pacifiquement pour un meilleur traitement des humains et des Hork-Bajir. Pour une fois dans ma vie, j’allais faire ce qui était logique. Pour une fois, j’allais me comporter comme un Yeerk devait le faire. Je me dirigeais vers l’écran de control au fond de la piscine pour demander une entrevue avec le Visser, mais je ne parvenais plus à avancer. Je nageais de toutes mes forces et pourtant j’avais l’impression de reculer. Puis tout d’un coup, je fus ballotté dans tous les sens par un courant immense. Je ne cessais de me cogner contre d’autres Yeerk dans un silence inquiétant. Tout comme moi, mes semblables devaient crier de toutes leur force, mais le courant empêchait tout échange de phéromone.

Puis tout d’un coup tout s’arrêtât. Je fus d’abord soulagé. Quoi qu’il se soit passé, c’était enfin terminé et une paix telle que je n’en avais jamais connu régnait maintenant dans la piscine Yeerk. Si seulement il faisait moins froid. Il faisait tellement froid.

Juste avant de m’endormir mon esprit embrouillé eu une pensée : Jack avait finalement décidé de me jeter dans les toilettes et de tirer la chasse. J’étais dans l’espace. Et le vide silencieux de ses espaces infinis sera mon tombeau.

Épilogue

— Tom ! Tu es en vie.

Avant que je ne puisse me retourner, mon frère se jeta dans mes bras et me sera de toutes mes forces. Le terrible, non l’impitoyable tueur de Yeerk (comme le surnommaient les survivants Yeerk) se retenait de pleurer et se confondait en excuse. Il avait l’air si petit et fragile à ce moment-là. J’avais du mal à croire qu’il avait pu faire tout cela à seulement 15 ans.

Les contrôleurs qui nous avaient enfermé moi et d’autre hôtes dans la cale du vaisseau n’avaient bien sûr pas prit la peine de nous expliquer ce qui se passait, mais un nombre suffisamment de bribes d’informations étaient parvenue jusqu’à nos cages pour que je puisse comprendre ce qui s’était passé. Jack et ses amis s’étaient infiltrés à bord du vaisseau-amiral Yeerk, l’avaient fait exploser puis avaient diffusé un ultimatum depuis un vaisseau monde Andalite arrivé, je ne sais comment dans le système solaire sans que les Yeerk ne le détectent pas. Tous les Yeerk du système devaient immédiatement se rendre ou se faire exterminer.

Malgré la perte de leur vaisseau-amiral, je me serais attendu à ce que tous les Yeerk se regroupent pour un dernier assaut. Après tout même si le vaisseau-amiral représentait une perte considérable, il n’y avait qu’un seul vaisseau monde Andalite. Ils avaient de grandes chances de l’emporter.

Et c’est effectivement l’ordre que reçurent de leur supérieur les Yeerk aux commandes de ma navette. Mais c’est ce moment que le mouvement pour la paix choisit pour sortir de l’ombre. Rapidement, tous les organes de décision Yeerk furent décapités et chaque capitaine de vaisseau se retrouva à devoir décider seul de la marche à suivre sans possibilité de se coordonner avec les autres. Certain choisir d’aller se suicider seul sur les canons du vaisseau ennemis lors d’un dernier baroud d’honneur, mais la plupart se rendirent. Et même parmi les vaisseaux comme le mien où la hiérarchie avait décidé de continuer la lutte, l’équipage Yeerk se révolta contre cette décision. Quelques heures à peine après la première secousse qui avait secoué le vaisseau-amiral la guerre était fini. Tous les Yeerk s’étaient rendu et étaient maintenant escortées sur terre par des chasseurs Andalite où ils devraient libérer leurs hôtes et attendre avec angoisse dans des piscines dorénavant surveillées par des gardes Andalites que les vainqueurs décident de leur sort.

Dorénavant, il suffirait d’appuyer sur un bouton pour anéantir leur espèce. Ou de ne rien faire. Les piscines restantes n’étaient pas conçues pour accueillir autant de Yeerk en même temps. Et sûrement pas pour des séjours permanents. S’ils tardaient trop à se décider ou à construire des piscines supplémentaires, une grande partie d’entre eux mourait de maladie ou en se battant pour un peu d’espace vital. Mais pour être honnête, je n’en avais pas grand-chose à faire de leur sort. En ce qui me concerne à part Thévenin, qu’il crève tous, ça m’était bien égal. Mais je savais que lui ne serait pas d’accord.

De toute façon vu le rôle qu’avait joué le mouvement pour la paix dans l’issue de la guerre, je ne doutais pas qu’un accord en leur faveur serait trouvé. Sans compter que si la terre n’avait pas encore été détruite cela voulait sans doute dire que les Andalites avaient choisi de prendre le risque d’une cohabitation pacifique avec les Yeerk.

Dès notre atterrissage, les soldats Andalites pénétrèrent dans le vaisseau, mirent en joue les contrôleurs et nous libérèrent. Aussitôt, je me précipitai en dehors de cette cage étroite où nous étions entassés avec dix autres individus jusqu’à l’extérieur. Je sentis le vent sur ma peau et je dus fermer les yeux pour ne pas me faire éblouir par le soleil.

J’étais enfin libre. Je n’avais jamais été aussi heureux de toute ma vie.

Je me retournai et vis les gardes Andalites s’approchaient de moi et me saisir. Ils me firent un rapide examen qui je supposais servait à vérifier que je n’hébergeais aucun Yeerk puis me firent signe de partir. Je ne cherchai pas à discuter avec eux. Leur apparence était assez effrayante et je doutais qu’il comprenne l’anglais. D’ailleurs où diable se trouvait leurs bouches ? Je vis derrière moi que les autres humains n’avaient pas cette chance. La plupart titubaient et avaient du mal à marcher. D’autre encore restait dans leur cage attendant un ordre qui ne viendrait plus, l’esprit complètement brisé par plusieurs années d’infestation par des Yeerk beaucoup moins sympathique que Thévenin.

Je marchai droit devant moi et dépassai le corridor de sécurité instauré par les soldats Andalites où se pressaient des humains curieux et inquiet. Immédiatement, je fus assailli de question et des caméras de télévision se précipitèrent sur moi. J’étais le premier humain à sortir du vaisseau alors leur curiosité était légitime. Mais je ne pus leur répondre. Ils parlaient espagnol. Ou diable étais-je et comment allais-je faire pour rentrer en Californie ?

J’essayai de me faire comprendre sans succès, mais une heure plus tard, je fus sauvé par l’arrivée d’un autre vaisseau Andalite d’où Jack descendit.

Je lui rendis son étreinte soulagée moi aussi de le savoir vivant.

— Et le nain pourquoi tu t’excuses ? Grâce à toi, je suis libre. Non, on est tous libre. Tu as sauvé la putain de planète Terre.

— Je ne savais pas que tu étais à bord du vaisseau-amiral, Tom. Si j’avais su …

— Tu aurais eu intérêt à le faire sauter quand même. Et si tu t’excuses encore, je te botte le cul jusqu’à te mettre en orbite. Lui répondis-je en lui ébouriffant les cheveux

Il sourit et me lâcha. Des cernes beaucoup trop grands pour un enfant de son âge ornaient ses yeux et il avait l’air épuisé. Mais il semblait plus heureux qu’il ne l’avait été depuis deux ans.

— Viens Tom. On rentre chez nous. Maman a hâte de te revoir. Elle se faisait un sang d’encre pour nous deux. Et Marco a prévu d’organiser une giga teuf.

Je le suivis silencieusement, mais au bout d’un moment, je demandai :

— Au fait, ça va te paraître bizarre que je demande ça, mais : est-ce que tu sais ce qu’est devenue Thévenin ?

Il se figea et se tortilla visiblement, mal à l’aise.

— Je pensais que tu étais au courant.

— Laisse-moi deviner. Cette imbécile est restée loyale jusqu’au bout à un peuple qui le méprisait et est mort stupidement.

À cette pensée, j’eus un pincement au cœur.

— Pas exactement. Pour faire diversion et pouvoir accéder aux réacteurs du vaisseau-amiral, on a été obligé de vidanger la piscine principale.

Je n’eus pas besoin qu’il m’explique la suite. Je lui donnai une tape dans le dos et le rassurai.

— Au moins, il n’a pas souffert.

Il hocha la tête et je le suivis un peu moins joyeux que quelques secondes auparavant. Mais une fois que je revis mes parents ma peine pour Thévenin passa au second plan. J’étais de retour à la maison.

Si je pouvais reprendre ma vie sans trop de traumatisme. Si je n’étais pas devenue un légume comme tant d’autre, c’est grâce au risque qu’il a pris pour me protéger. Si mon frère avait pu sauver la terre c’est parce qu’il les avait couverts. Si les animorph (comme ils s’appelaient) avaient pu conserver leur anonymat jusqu’à la fin de la guerre s’était grâce aux informations que je leur avais fournie en violant la confiance de Thévenin. J’allais profiter à fond de cette seconde vie qui m’était offert grâce à lui.

Marco tint parole et j’oubliai vite mes soucis en dansant au rythme de la musique, poussant mon corps dans ses dernières limites pour évacuer ma peine et apprécier comme jamais auparavant d’en avoir le contrôle.

Bonus : week-end à la plage

— Viens Tom, l’eau est bonne. Me cria Typhanie en plongeant dans les eaux turquoise de l’océan Pacifique.

Je n’avais pas vraiment envie d’aller me baigner, mais depuis six mois que je la connaissais, je n’avais jamais pu résister à son sourire. J’abandonnai donc mon livre sur le sable fin. De toute façon, c’était peine perdue. Malgré l’indulgence de mes professeurs, je ne serais jamais capable de rattraper mon retard scolaire et d’aller à l’université. Quand Thévenin était encore là, il m’avait obligé à me ré-intéresser au cours et grâce à ses capacités, j’avais commencé à rattraper mon retard. Mais maintenant que j’étais de nouveau seul dans ma tête, c'était beaucoup plus dur.

Et il y avait d’autres domaines de la vie où j’étais beaucoup plus motivé pour rattraper le temps perdu. C’est dommage, car avant mon infestation, même si je ne faisais pas de prouesse, j’avais de bons résultats scolaires.

J’avançai dans l’eau en faisant bien attention à ne pas mouiller ma tête. Plus jamais de ma vie, je ne mettrais ma tête sous l’eau. Typhanie s’approcha de moi par-derrière et enroula ses bras autour de mon torse avant de me faire un suçon dans le coup. Bon dieu qu’est-ce que je l’aimais. J’allais me retourner et lui rendre la pareille lorsque je vis une tache verte à la surface de l’océan.

— C’est quoi ce truc-là ?

— Ça, ce n’est rien. C’est sans doute du plancton. C’est inoffensif.

Avant qu’elle ne puisse finir sa phrase, je courus jusqu’à la rive. Jamais plus je ne m’approcherai d’une limace ou d’un plancton sans un bon lance-flammes.

Bonus : ballade en foret

— Ha ! Tu es la Tom. Tout le monde t’attend pour fêter le premier anniversaire de la fin de la guerre. M’interpella Typhanie

— Désolé, j’arrive tout de suite.

— Tu as l’air triste. Qu’est-ce qui ne va pas ? C’est un jour de fête aujourd’hui. Demanda-t-elle en me prenant par la main.

— Je vais bien. Allons rejoindre les autres

Comprenant sans doute qu’elle ne tirerait rien de moi comme ça, elle changea de sujet.

— Qu’est-ce que tu faisais ?

— Rien du tout

Mais avant que je ne puisse l’en empêcher Typhanie, se précipita à l’endroit où j’étais et lu la plaque que j’avais installée à cet endroit du nouveau jardin de mes parents (l’ancien n’était plus qu’un cratère) :

— ‘Thévenin. ???- 1998. En mémoire du plancton le plus humain de l’univers’, qui est Thévenin ?

Je poussai un profond soupir. De toute façon, si ça devenait sérieux entre nous, j’allais sans doute devoir lui parler un jour de ce qui m’était arrivé durant la guerre. Un jour, elle devrait forcément affronter le regard de ceux que Thévenin ou Temrash avait conduit de force jusqu’à la piscine en utilisant mon corps. Bien sûr, ils savaient que je n’y étais pour rien. Et le fait que j’ai livré des informations à mon frère (en cachette de Thévenin) durant une grande partie de la guerre me rendait inattaquable. Mais cela ne les empêchait de ressentir de la haine ou de la peur en voyant mon visage. Je ne leur en voulais pas. Moi-même, je ne sais pas comment je réagirais si je recroisais la fille qui m’avait séduite pour que la suive jusqu’à la piscine.

— C’était mon ancien Yeerk. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de sa mort. Tu vas sans doute croire que j’ai le syndrome de Stockholm, mais il me manque. Enfin non pas vraiment. Je suis plus qu’heureux de ne plus l’avoir dans ma tête. C’est juste que parfois, j’aimerais pouvoir lui parler à nouveau.

Elle me prit dans ses bras et resta juste là à mes côtés sans rien dire. Je me sentis un peu mieux. Parfois, une présence compatissante était tout ce dont on avait besoin. J’avais vraiment beaucoup de chance de l’avoir rencontré.

Bonus : La planète de thévenin789 - Mise à jour du 17/04/2025

Récemment, Hugo Lisoir a sorti une très bonne vidéo sur la découverte scientifique qui m’a inspiré une partie de cette histoire : Incroyable, JAMES WEBB renforce l'hypothèse de la vie sur K2-18B !

En résumé, en septembre 2023 des scientifiques pensent avoir trouvé la preuve que l’atmosphère de cette planète océan regorge de sulfure de diméthyle. Or, la seule source naturelle connus de sulfure de diméthyle est le plancton. Cela voudrait donc dire que les océans de cette planète regorgent de vie. Et oui, cela fait deux ans que nous avons peut-être découvert la preuve de la vie extraterrestre. Cependant, cette découverte reste à confirmer, car pour le moment, ses mesures peuvent également s’expliquer si cette planète est recouverte de lave en fusion et donc totalement dépourvue de vie.

Mais, vous l’aurez compris, dans ma tête, K2-18B est la planète natale des Yeerk.